On se dit que çà n’arrive qu’aux autres ce genre de choses, que çà ne peut pas nous arriver, a nous. Grave erreur, çà peut nous arriver a tous, n’importe ou, n’importe quand.
Tout commence un Lundi d’avril comme les autres, dehors, la pluie déchire le rideau de brouillard qui étreint le building, dans le bureau, une faible lumière résiste encore a la pénombre environnante. Une de mes collègues chinoises, d’apparence innocente, me pose une étrange question au ton faussement anodin: ” Tu connais William Sheller?” Sans réfléchir, je réponds immédiatement: “Oui, ca me dit quelque chose”. Je venais, sans le savoir, de mettre la main dans un terrible engrenage qui devait me mener a mon inexorable perte. Qu’est ce que c’est que cette histoire de William Sheller? Venait-il de décéder a nouveau? De ressusciter? Ou pire, de sortir un nouvel album?
Non, c’était bien pire que çà. L’ambassade, visiblement a court de chair a chanson, avait décidé de recruter des chinois a envoyer en première ligne du concert, sous couvert d’un soi-disant concours.
Elle me lance alors: “William Sheller fait-il un mélange de :Jazz, Pop et de Classique, ou un mélange de Pop, Rock et Jazz, ou bien un melange de Jazz, Classique et Pop?”
C’est quoi cette question a la con? Ai-je une tête a connaitre la réponse a une telle question? William Sheller connait-il lui même la réponse a cette question saugrenue?
Je lâche alors: “Regardes la brochure, çà doit être marque dessus.” C’était marque dessus. Les réponses étaient toutes marquées dessus…
Le lendemain soir, dans le silence glacial du bureau aux murs délavés, la sonnerie stridente du téléphone retentit. Ma collègue répond. Elle échange quelques mots dans un dialecte étrange avec son interlocutrice. Elle se retourne et me fixe de son œil vitreux, un sourire sournois aux lèvres, et je comprends, trop tard, qu’elle venait de gagner 2 places pour le concert de William sheller.
“Tu veux venir?”
Je suis pris au piège. Mes yeux se perdent dans le vide, je réfléchis… vite… une excuse… Le foot, la piscine, non, trop gros… le sol se dérobe sous mes pieds, rien ne vient… Lui dire la vérité, que c’est un piège, qu’il ne faut pas y aller, qu’il faut s’enfuir.
Finalement, au terme d’un silence interminable, je réponds d’une voix tremblante: “oui… c’est genial…”
Le piège venait de se refermer.


