27 Nov

Le combat des chefs… De la valeur.

Nous allons pour ce billet traverser l’Atlantique pour aller sous-peser deux bestiaux du « Value Investing » avec deux des principales positions de gourous, Scott Miller et Michael Burry. D’un côté, casaque noire et chapeau, bleu, affichant 33% du portefeuille de Scion Capital, nous aurons Coty, le Poulain de Burry, et de l’autre côté du ring, Gaia, avec un poids indéterminé mais important, au portefeuille de Miller. Attention, ça va saigner.

Avec Coty, nous sommes en terrain connu avec un deal un peu bizarre, pas de doute, nous voilà au coeur du terrain de chasse exotique de Burry. Alors Coty, quoi qu’est-ce ? C’est français. Enfin, c’était français au début, parce que maintenant, ce ne l’est plus. En effet, la société a été créée par François Coty, que Léon Daudet qualifiait amicalement  de « crétin juché sur un monceau d’or ». D’accord, je vous vois venir, vous allez me dire que c’est un peu court pour condamner le brave homme. Heureusement, je tiens une deuxième description de l’animal :  » petit bonhomme, très soigné de sa personne, au visage rasé sans grande expression, avec l’œil intelligent de l’épicier de Montrouge (…) On est toujours tenté de le prendre pour son valet de chambre(…) ». Les avis semblent converger donc.

Autre fait d’arme, Mr Coty, en bon admirateur du fascisme italien (si, si, c’est possible) rachète le Figaro, et fait prendre un virage à droite à la ligne éditoriale (si, si, c’est possible), pour faire chuter son tirage à 10 000 exemplaires. Le sort même en personne semble finalement s’acharner sur ce brave homme qui finira ruiné par son divorce et son train de vie. Comme quoi, il y a peut-être une justice finalement. Enfin bref, vous aurez compris que si vous cherchiez un allocateur de capital de génie, il faut aller chercher ailleurs. Mais cela est bien terminé.

Aujourd’hui, Coty, ce sont des bonnes grosse marques qui tachent: Calvin klein, Chloe, Marc Jacobs, adidas,… principalement dans le parfum. Récemment, ils ont racheté pour 13 milliards, à la louche, la division beauté de P&G. L’acquisition s’est faite par émission d’actions pour les actionnaires de P&G et d’un tout petit peu de dettes, mais pas trop. De plus, le prix d’achat était en partie déterminé par le cours de l’action de Coty; or l’action a eu quelques petits problèmes à l’allumage, ce qui au final, n’est pas forcément plus mal pour les actionnaires de Coty.

Enfin bref, l’ensemble devrait faire 9 milliards de CA par an pour une EV à 18 milliards. Après la période de transition qui devrait se terminer en 2018, ils pensent dégager 1 milliard de FCF par an. Ça reste cher donc, et pour y aller, il faut être convaincu de tenir ici le prochain L’Oréal, ce qui n’est pas impossible.

De l’autre côté, du lourd avec Gaia. Alors là, on ne déconne pas, nous avons carrément à faire à une légende de l’ascétisme et de l’allocation de capital: Jirka Rysavy. Pour vous donnez une idée, le mec a carrément vécu dans une cabane dans les bois sans eau et sans électricité. Imaginez un peu, je vois déjà d’ici les fans d’outsiders se baver dessus… Mais attendez un peu… Non seulement ça, mais en plus, il est arrivé aux États-Unis sans un radis… Whoaaaa… Et non seulement ça mais en plus, il fut un temps coureur de fond professionnel… Whoaaa…. Et bien sûr, en bonne légende qui se respecte, il a monté sa boite de zéro, Corporate Express, pour finalement la revendre à Staples pour la coquette somme de 4,7 milliards. Pas dégueu tout ça.

Sur Gaia, en gros, Mr Rysavy a lâché tous ses anciens business pour se concentrer sur la vente de vidéo de Yoga et de « transformation personnelle » (je fais ce que je peux avec la traduction), ce qui nous laisse une boite avec du cash et un business de vidéo en croissance. La plateforme est agréable et bien organisée, du côté de l’exécution, il ne me semble pas y avoir de problème. Reste à savoir si le business sera viable à long-terme. Et là, je dois avouer que c’est dur à dire, ptet ben que oui, ptet ben que non.

Alors voilà. Pas d’analyse de business ou de valorisation pour aujourd’hui, cela ne sert pas à grand-chose dans le cas présent (Même dans la plupart des cas en fait..). Dans les deux cas, il y a une bonne part de confiance dans la capacité du management à mener à bien ses business (Comme un peu toujours en fait…). À l’analyse pifométrique de masse, Gaia semble potentiellement plus intéressant en upside. Si ça part, ça part. Malheureusement, je ne suis pas super fan du business, et il y a une chance que Rysavy fasse plus ça par passion que par appât du gain. Dur à dire. Et avec Coty, on a un business potentiellement extraordinaire (un petit L’Oréal ?) à un prix raisonnable et de belles marques. Ça partira moins, c’est sûr, mais cela me semble un peu plus safe.

Finalement, c’est dur à trancher tout ça, un jour je me sens plus Coty, le lendemain plus Gaia…. Arf, de toute façon, j’étais trop occupé à acheter de l’Odet et du Dart pour faire autre chose. On verra comment la situation évolue, l’occasion fait le larron. Et le dindon. De la farce, cela s’entend.

 

 

 

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