10 Juin

Le plastique c’est fantastique

Après la déroute sur Suedzucker (en ce qui me concerne), nous allons nous atteler à l’analyse d’une société toujours dans les matières premières, SIPH, la Société Internationale de Plantations d’Hévéas, que je suis depuis quelques mois sans avoir oser franchir le pas. Encore une société dont le cours et les revenus dépendent largement des cours  de la matière première sous-jacente, ici le caoutchouc naturel, dont le principal acheteur est l’industrie automobile

SIPH intro

Tout comme sur Suedzucker, le cours a fortement dévissé par rapport à ses plus hauts de 2011 et perdu 2/3 de sa valeur. Cette fois-ci, le dossier semble plus simple car il est exposé directement au cours du caoutchouc et ne possède pas d’autre secteur d’activité. Du billard?

SIPH est une société française qui produit du caoutchouc naturel dans plusieurs pays d’Afrique, et compte parmi ses actionnaires Michelin à hauteur de 20% du capital. Elle possède une structure de coût assez flexible car elle achète 57% de sa production aux producteurs locaux. Sa production est passée de 60 000 tonnes en 2003 à 160 000 tonnes en 2013, et le groupe a pour objectif d’atteindre une production de 300 000 tonnes en 2023, soit un doublement de sa production actuelle en 10 ans.

Ses revenus dépendent des cours du caoutchouc naturel,  le TSR20 côté à Singapour.

SIPH cours caoutchouc

Le cours début juin 2014 est aux alentours des 167 cents / kg. Nous sommes revenus à un cours proche de 2009 où la société n’a pas été en perte; en fait seule l’année dernière a été négative pour SIPH, notamment à cause de la dépréciation de ses stocks de caoutchouc; c’est une perte comptable et non pas une perte de cash. Lorsque les cours chutent, le compte de résultat est doublement impacté à la baisse, et inversement à la hausse.

Jetons à présent un œil sur l’historique des résultats financiers de la société, et à ses flux de cash:

SIPH

Sur les 7 dernières années, SIPH a dégagé en moyenne 25 mn € de flux de cash libre. Si on la valorise à 10 fois les FCL, nous avons alors une valeur de 250 mn € auxquels nous retranchons 63 mn de dettes, soit 187 mn €. À la capitalisation actuelle de 192 mn € (cours de l’action 38 €), nous obtenons donc une société correctement valorisée, ni plus ni moins.

Néanmoins, la production devrait continuer à progresser à un rythme soutenu d’au moins 5% par an, et SIPH semble présenter une structure de coût plus avantageuse que les producteurs leaders en Asie du Sud-Est, les salaires représentant la majeure partie des coûts de production. Si, sur mon hypothèse de FCL, j’applique un multiple de 12, la société serait valorisée à 237 mn €. Par conséquent, SIPH me semble légèrement sous-valorisée, mais ne présente pas un décote suffisante pour justifier un investissement important.

Je n’ai pas d’action SIPH au moment de la publication de cet article.

Une pensée sur “Le plastique c’est fantastique

    • Pour moi, c’est à peu près ce que çà vaut, donc ce n’est en rien une mauvaise affaire à ce prix-là. Maintenant de la à dire que c’en est une bonne, je ne mouillerais pas; il me faudrait un prix en-dessous de 30 pour commencer à passer à l’action, je me suis déjà assez planté comme çà avec les business de matières premières….

  1. Je trouve vos articles très intéressants mais j’ai tout de même trois remarques sur celui ci :

    1/ Le cours du caoutchouc n’est pas si bas que cela si on prend une période plus longue, avant la hausse des matières premières due à la très forte croissance chinoise. Rien ne dit qu’on retournera si haut et le risque est que le cours stagne aux niveaux actuels pendant longtemps.

    2/ Quand vous dites « Elle possède une structure de coût assez flexible car elle achète 57% de sa production aux producteurs locaux. », je ne suis pas tellement d’accord car 43% de sa structure a des couts de production fixes plus élevés que le cours actuel et si j’ai bien compris, cette part va augmenter au fil des années.

    3/ Il manque quelque chose sur les risques politiques, religieux et sanitaire depuis ebola dans les 4 pays où elle produit (Côte d’Ivoire, Ghana, Nigéria et Libéria). Au Nigéria, il y a Boko Haram. Le Libéria est malheureusement touché par Ebola. Les 2 autres pays semblent stable.

    • Bonjour Vincent,
      sur les coûts, il y a aussi le fait que les salaires sont moins chers en Afrique qu’en Asie, donc à terme il sera difficile pour tout le monde de continuer à vendre à ces prix-là. Un pays, le Vietnam ou la Thaïlande, j’ai oublié, doit écouler ses stocks, et beaucoup de paysans ont été convertis à la production de caoutchouc en Asie, il y a surproduction et cela devrait en effet peser à long terme sur les prix. Mais çà ne pourra pas durer.
      Sur l’Afrique, il y aura toujours des risques effectivement; le Libéria est pour l’instant une toute petite partie de la production de SIPH et je pense que l’on exagère les conséquences d’Ebola de toute façon, même si c’est vrai, les victimes seront d’un tout autre avis.
      Sur le fond, je pense que nous sommes d’accord, il y a des risques, c’est pour çà que même à 30 euros, je ne suis pas preneur.

      • Effectivement, on est d’accord.

        Je ne sais pas si vous vous intéressez aux autres secteurs de l’économie mais si c’est le cas, vous devriez jeter un oeil sur Belvédère. Depuis que sa dette a été ramenée à zero, je suis ultra confiant, peut être trop.

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