22 Jan

Le retour des usines à gaz

Dans un précédent article, j’avais essayer de défricher un peu le terrain des usines à gaz pour finir sur une interrogations sur la direction des prix du gaz, et à titre personnel, j’avais rapidement vendu les quelques titres UPL que je détenais.

Avec la chute des prix du pétrole, la situation a bien changé. Toutes les gazières qui souhaitaient s’en sortir en augmentant leur production de « liquides », comprendre pétrole et NGL se sont vues refuser l’entrée par les saoudiens. Du coup, certaines ont fortement corrigé. Tout cela est très intéressant. Il y a quelques années, j’y serais aller la tête baissée en criant « Sooooolllllddddeeesss » pour finir avec un portefeuille à 50% sur BP et à 50% sur Seadrill ou Transocean. Mais j’ai vieilli, un peu, et j’essaye à présent de comprendre ce qu’il se passe.

Ce qui est intéressant, c’est que quand le pétrole baisse, tout baisse avec, les gazières, les solaires, les fabricants de tubes en acier, puisque l’on utilise 4 fois plus de tubes en aciers dans le forage de « shale gas » (gaz de schiste) que dans le forage classique. Le but est ici de commencer à me faire un petit topo sur le secteur. Voyage au pays de l’énergie….

L’origine. Tout d’abord, pour comprendre le secteur, il faut comprendre qu’il n’y a pas d’un côté le gaz et de l’autre le pétrole, les deux sont liés. Ils sont tous deux issus du kérogène, mix de divers composés organiques qui dérivent de la sédimentation d’une partie de la biomasse (environ 1% de la biomasse est piégée et seulement 1% représente de la matière organique).  Sur tout ce kérogène existant, seulement 0,1% va donner du charbon et un pourcentage encore plus faible de schistes bitumeux, pour finir avec un très faiblard 0,003% de gaz et 0,003% de pétrole. Un très faible pourcentage tout de même suffisant pour nous permettre de faire tourner un paquet de machines en tout genre.

Les unités. Les volumes de pétrole s’expriment en barils, soit 42 gallons ou 159 litres, vraisemblablement parce qu’en Alsace, on utilisait autrefois les fûts des vignobles pour stocker le pétrole, et ce, dès le XVIII ème siècle. Les méthodes d’extraction alsaciennes, ainsi que la méthode de stockage, furent par la suite reprises aux États-Unis. Enfin çà, ce sont les alsaciens qui nous le disent, je suis sûr que les américains nous diraient que cela vient des fûts pour le whisky… L’abréviation du baril est bbl en anglais, car la Standard Oil utilisait des baril bleus, blue barrel est donc devenu bbl. Dingue, je vous dis.

Pour le gaz, nous allons parler en pieds cubes (cubic feet) ou affectueusement appelé « cfe ». Le cfe est donc un cube d’une trentaine de centimètres de côté, cela ne fait pas beaucoup, et il faut en effet 5 800 cfe pour obtenir l’équivalent énergétique d’un baril de pétrole. D’où la petite règle de conversion grossière utilisée pour convertir les cfe et boe (barrel oil equivalent ou bep baril equivalent pétrole en français). À retenir, 1 boe = 5800 cfe. Pour les amateurs de système métrique que nous sommes, 1 bep = 165 m3. Oui, je sais, ça m’a aussi donné envie de vomir la première fois.

Comme le cfe est une quantité relativement faible, les unités vont vite grimper:

  • mcfe = 1 000 cfe
  • mmcfe = 1 000 000 cfe
  • bcfe = 1 000 000 000 cfe
  • Tcfe = 1 000 000 000 000 cfe

Les réserves mondiales. En ce qui concerne les réserves mondiales, nous allons parler en Tcfe, soit en milliers de milliards de pieds cubes. Ci-dessous, voici les réserves totales mondiales estimées de gaz et de pétrole. Il faut garder à l’esprit que, dans le domaine pétrolier et gazier,  toutes les données sont au mieux des estimations, et parfois même des mensonges pour impressionner l’adversaire. Vous voilà prévenus. D’ailleurs, les données ci-dessous n’incluent pas forcément les gaz de schistes.

Comparaison gaz petrole

En équivalence énergétique, nous avons donc à peu près autant de gaz que de pétrole, sauf que nous utilisons deux fois plus de pétrole que de gaz. Sur le plan de l’évolution de la production de pétrole, le problème est la découverte et l’exploitation récente de réserves au Vénézuela qui sont peut-être les plus vastes du monde, et la possibilité en Amérique du nord d’extraire des réserves auparavant inexploitables. Mais cela a un coût et l’extraction de ces réserves coûtent plus cher que celles du moyen-orient ou même que la Chine. D’où l’idée des saoudiens de torpiller tout ce beau monde.

Gaz de schiste. La Chine, tiens, qui ne fait pas beaucoup de bruit, est pourtant assise sur les plus grandes réserves de gaz de schistes du monde dans le Xinjiang. Celles-ci sont par contre assez chères à extraire. En effet, le gaz de schiste est plus difficile à extraire que le gaz naturel, car celui-ci est retenu au sein de roches non perméables; il faut donc recourir au forage dirigé (horizontal) et à la fracture hydraulique.

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Voilà pour une première intro à la truelle du secteur, pour ceux que cela intéresse, il existe de nombreux livres sur le sujet, et je dois avouer, pour en avoir parcouru quelques-uns que le secteur et son histoire sont passionnants. Car là où il y a de la vie, il faut de l’énergie.

Une pensée sur “Le retour des usines à gaz

  1. Salut,
    jolie petite intro sur le pétrole et le gaz, merci. Il y a un « pieds carrés » au lieu de « pieds cubes », tu as surement trop l’habitude d’acheter des terrains aux US. 🙂

    • Effectivement, l’habitude de l’immo américain… D’ailleurs, de mètre carré à pied carré, c’est plus simple, il y a juste à diviser par 10. Là de m3 à ft3, c’est par environ 30, la gymnastique fait un peu plus mal à la tête.

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