15 Mai

Pourquoi ?

C’est la question que je me pose en regardant mon portefeuille. Pourquoi ai-je autre chose que du IBM, Apple, CF, WRB & Co (et à la limite un peu de Theravance Bio pour rigoler) ? Pourquoi est-ce que je suis allé chercher des pétrolières ? Le business me fait penser à l’exemple que prenait Munger sur les métiers à tisser : une nouvelle machine à tisser sort et permet de faire des gains de productivité, les sociétés investissent et qui finalement profite de ces gains ? Les consommateurs. L’énergie, cela me semble pareil au final, tout ceci c’est bien joli, ces gains de productivité sur le forage mais qui profite pour l’instant ? Les consommateurs. En attendant, les investisseurs attendent Godot.

Puis je dois me rendre à l’évidence, j’aime les beaux business qui crachent du cash, IBM et Apple, çà me plait, c’est pas cher, qu’est ce que vous voulez que je vous dise. Peut-être que ne n’est qu’un énième changement de cap, une crise de la quarantaine de la trentaine, le changement climatique.

Je m’en suis rendu compte également quand il y a quelques mois un ami m’a demandé dans quoi investir. L’inconscient, s’il savait à qui il a affaire. Que lui ai-je répondu ? Berkshire, IBM et Apple. Il ne me serait même pas venu à l’idée de lui conseiller une gazière énigmatique, Theravance ou un truc alambiqué du même acabit. Non, ce sont les trois premiers noms qui me sont sortis de la tête. Comme çà, tout seul. Alors pourquoi faire autre chose ?

Autre constat, je tiens une petite page où je garde mes plus belles gaufres, et la liste commence à être conséquente :

  • Infogrames : souvenez-vous, nous étions jeunes, nous aimions les jeux vidéos, les IPO battaient leur plein. Puis notre portefeuille. Voilà un vaccin anti-IPO finalement pas très cher.
  • First Marblehead : dans la catégorie plantage de suivisme primaire,  la palme à First Marblehead où comment trouver une action perdante en 2013, il fallait le faire.
  • Vallourec,  Suedzucker, CGG et RWE Energy (circonstances atténuantes avec Fukushima et l’interdiction des centrales nucléaires en Allemagne). Je vous laisse deviner quel est le point commun ici. La folie, c’est de faire la même chose encore et encore en espérant un résultat différent… (attribué parfois à Einstein, parfois à Mark Twain, pas encore à Warren Buffett, mais çà ne saurait tarder, quand il sera mort, un bon nombre de « citations d’Einstein » lui seront certainement transférées). Serais-je donc cinglé ?
  • CBI, Herbalife : anguille sous roche ou pas ? Je n’en sais rien et j’aurais du rester à l’écart. Ce n’est pas cher, mais ce n’est pas très clair non plus. Comme dirait Rambo : « ce n’est pas ma guerre Colonel ».
  • J’hésite à mettre SHLD, Theravance et WM Morrison dans le tas, peut-être pas des erreurs à long-terme, mais des sociétés où j’ai eu une position importante alors qu’il me manquait des éléments du puzzle.

Côté réussites, mes plus beaux gains : BP, Apple, Peugeot, Sony, FT-Orange, Sanofi, Société Générale et LNC. À part la dernière entreprise, ce n’est pas très original, que de la grosse marque qui tache achetée pas cher où j’ai pu prendre des grosses positions. Il y a eu aussi des positions comme HF ou Cofidur par exemple mais il est difficile de prendre une grosse position dessus, même si j’ai tout de même réfléchi à faire un « all-in » sur LNC à un moment (ce qui se serait avéré un bon choix, mais avec des « si »…). Constat bête et méchant, les grosses cylindrées me réussissent plus que les petites cap, ne serait-ce que parce que je me sens plus à l’aise pour y investir une grosse partie de mon épargne. Autre constat, je vends souvent beaucoup trop tôt. Alors essayons d’allonger.

IBM en tête de pont, Apple derrière (c’est que je continue de voir de plus en plus d’iphone en Chine tout bêtement), ensuite pour rigoler un peu, autant rigoler avec des bons et prendre du CF, du WRB, du PSX et du TBPH en fond de portefeuille. Et basta. Le reste en cash, çà descend, je renforce, çà monte, j’attends. Reste à savoir que faire des positions qui n’entrent pas dans ce cadre de business à 10 fois les cashs avec un management intelligent… Theravance se rapproche d’un bon qui détache un dividende de 6% qui devrait être relativement pérenne. Il y a peut-être de l’upside, peut-être pas. Mais cela ne va pas composer. Dehors… Voilà ce que çà donne :

  • IBM 28 %
  • Apple 23 %
  • Theravance Biopharma 7%
  • Etam 7%
  • CF Industries 5%
  • Phillips 66 4%
  • WR Berkley 3%
  • Cash environ 20 %

Voilà de la machine qui compose, c’est cela qu’il me faut je crois. Keynes, Shannon, Buffett qui ne sont pas des truffes en sont arrivés à la conclusion que c’est la seule façon d’investir efficacement. Qui suis-je pour dire le contraire, surtout quand cela semble me convenir ? Puis je me bats contre les frais de transactions, les taxes, voilà des pertes de temps, d’énergie et d’argent non négligeables. Allez, tentons l’aventure, on essaye de faire du long-terme en calmant le jeu et en se disciplinant un peu plus sur les achats.

Une pensée sur “Pourquoi ?

  1. Bonsoir Laurent,

    c’est une pensée profonde qui peut déboucher sur un combat passionné.
    En ces temps d’argent facile, où tout semble flamber sans limite, je raisonne pareillement, en me disant qu’acheter des entreprises qui gagnent de l’argent quoi qu’il arrive me semble plus prudent qu’investir dans des entreprises bradées mais malades…
    J’aurais dit totalement l’inverse en 2009. Alors, Laurent, est-ce donc une question de tempérament ou plutôt d’ajustement de la stratégie au marché ?

    • Les deux je pense, on évolue et on s’adapte. La stratégie fonds de tiroir était top en 2008, les financières en 2011, maintenant, cela ne me semble pas être le plus judicieux, mais après, j’ai peut-être tort. Il y a bien les pétro-gazières mais je n’y crois guère pour l’instant. Avec les taux actuels, je me dis qu’une boite qui n’arrive pas à aller bien va certainement aller beaucoup plus mal si les taux remontent…

  2. « Acheter des entreprises qui gagnent de l’argent quoi qu’il arrive me semble plus prudent qu’investir dans des entreprises bradées mais malades… » : je comprends bien la logique intuitive, mais me semble en contradiction avec les études empiriques de Montier par ex. qui montrent la pertinence d’un achat « mécanique » (donc très difficile psychologiquement…) avec une décote sur la NCAV. Sauf peut-être si on peut acheter des entreprises « qui gagnent de l’argent quoi qu’il arrive » à moins de 6 fois les FCF, pour amortir une possible remontée des taux.
    Bon, mais je dois avouer que je n’ai que quelques mois d’expérience dans ces sujets… donc c’est mon point de vue naïf.

    • C’est à chacun de faire ce qu’il a envie, autant je trouvais des entreprises injustement à la casse il y a deux ans, autant aujourd’hui, cela me semble relativement juste pour la plupart. Il y a les commodities et l’automobile dans une moindre mesure qui sont en bas de cycle, et qui méritent peut-être de s’y attarder.

      Dans les valeurs à la casse, Posco commence à m’intéresser, ils ont fait n’importe quoi ces dernières années et ont diversifié leur business. Ils sont bons (les meilleurs?) dans leur business historique de l’acier, et le nouveau CEO a pour mission de faire le ménage. Le prix commence à être intéressant. À suivre.

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